Les ours polaires
En trouvant un pays qu’ils ne reconnaissaient point.
Des hommes avaient planté au cours de la nuit
Une forêt immense de drapeaux canadiens.
Le gouvernement, par un brillant coup d’éclat,
Avait voulu raffermir son autorité
Sur ce vaste royaume de glace et de froid
Que ses voisins ne cessaient de lui réclamer.
L’un des ours ne voulut pas celer sa colère:
«Quoi! fit-il marri, supporter un tel affront!
Accepter sans un mot qu’on vole notre terre,
Quand il ne se voit homme dans les environs?
«Messieurs les humains, est-ce assez d’un drapeau
Et d’un navire qu’on aperçoit une fois l’an,
Pour dire ce pays vôtre? et n’allez-vous bientôt
En laisser la jouissance à ses modestes habitants?»
Ayant peu d’envie de provoquer une querelle,
Le second ours gardait le silence, prudent.
La scène qu’il contemplait était pourtant de celles
Qui faisaient naître en lui un patriotisme fervent.
Il faut qu’un peuple soit puissant, assurément,
Pour s’afficher jusque dans ces lieux désolés,
Se disait le féroce animal, exultant
D’appartenir à une nation si distinguée.
À l’ombre du drapeau, il rêvait de grandeur.
L’ennemi peut venir, il ne passera pas:
Le pays est hérissé de vaillants défenseurs,
Qui empliront le ciel du bruit de leurs exploits.

